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Critique – Boîte Noire (Yann Gozlan, 2021)

Après la parenthèse Burn Out, actioner racé, nerveux et très rondement mené, le français Yann Gozlan revient à son premier amour : le thriller, dont il a déjà exploré les pendants horrifiques (Captifs) et psychologiques (Un homme idéal). En salles depuis mercredi, Boîte Noire est peut-être son film le plus abouti.

À l’aveugle

Lorsqu’un avion de ligne dernier cri s’écrase dans les montagnes, Mathieu, enquêteur au Bureau d’Enquêtes et d’Analyses pour la sécurité de l’aviation civile, est chargé de décrypter le contenu des boîtes noires. Très vite, tandis qu’il s’isole de plus en plus, Mathieu se persuade que l’accident cache un sombre secret.

À la manière du Snake Eyes de Brian De Palma, Boîte Noire s’ouvre sur un long plan-séquence, dévoilant l’intérieur d’un avion, du cockpit jusqu’à la queue. Un plan qui dessine déjà l’esquisse d’un récit par le biais de quelques actions sommaires, privées d’un quelconque contexte – un homme se lève sans autorisation. Pourquoi ? Qui est cet homme ? Quelles sont ses intentions ? Le travelling-arrière incessant nous prive bien sûr d’une explication et entraîne la caméra dans la soute, dévoilant la fameuse boîte noire. Tandis que le plan se ressert sur l’objet fatidique, le bruit assourdissant de l’avion laisse déjà deviner son funeste destin. Une tragédie que le film esquivera cependant, Yann Gozlan choisissant de couper in extremis sur un gros plan de l’oreille de Mathieu.

Tout l’enjeu dramatique et esthétique de Boîte Noire réside dans cette introduction, et tout particulièrement le cut qui y met un terme. Mathieu (Pierre Niney, parfait en technicien timide aux costumes toujours un peu trop grands) est un personnage obsessionnel, méthodique et besogneux, cherchant à faire jaillir des bandes-son une image manquante, censée détenir une vérité absolue. Une obsession qui en rappelle une autre, celle de Jack (John Travolta) dans Blow Out du même De Palma. Le film joue logiquement la carte de l’épure visuelle, chaque scène d’analyse reposant sur une grammaire limpide – champs-contrechamps entre le visage de Mathieu et les formes d’ondes sur l’écran – pour laisser chaque message, bruit et autres artefacts sonore envahir l’espace. Au spectateur alors de reconstituer, à l’aide de son imaginaire, une tragédie dont il n’entrevoit que quelques fragments.

Un dispositif très immersif dont le film finira toutefois par se délester un peu, l’enquête renouant, au fil de sa progression, avec une forme plus classique. En témoigne une scène de flash-back où Mathieu, via un trucage numérique, se « téléporte » d’un hangar plein de débris vers l’intérieur de l’avion, quelques minutes avant le crash. Une idée séduisante sur le papier qui, malgré une exécution parfaite, se révèle quelque peu artificielle car elle force le film à se reposer de nouveau sur l’image, plus évidente mais moins suggestive. Rien de rédhibitoire cependant, tant le film parvient à conserver intacte la tension de son récit, focalisé autour d’un personnage de plus en plus isolé. Un thriller nerveux, excitant et soigné. Ça vaut le coup d’œil (et d’oreille).

Sortie le 08 septembre 2021, de Yann Gozlan, avec Pierre Niney, Lou de Laâge, André Dussollier, Sébastien Pouderoux

Note : 4 sur 5.

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