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Critique – Un homme en colère (Guy Ritchie, 2021)

La colère d’un Statham vénère

« H », un convoyeur de fond fraîchement engagé, surprend ses collègues par la précision de ses tirs de riposte lorsque leurs fourgons sont attaqués par des braqueurs expérimentés. Ses effrayantes capacités létales vont les amener à se questionner sur son identité et ses motivations obscures.

La consonance biblique du titre original du film – Wrath of Man – et l’imagerie sacrée de son générique de début laissaient présager le pire. Depuis une quinzaine d’années, le réalisateur Guy Ritchie n’a en effet jamais cessé de salir quelques unes des plus grandes figures de la culture populaire, au travers d’objets filmiques évidés de leur substance mythologique (les deux Sherlock Holmes, puis les horribles Le Roi Arthur : La Légende d’Excalibur et Aladdin). Avant cela, le cinéaste était déjà connu pour capitaliser sur les derniers phénomènes cinématographiques à la mode, paraphrasant par exemple la diégèse de Pulp Fiction au travers de films qui, contrairement à leur modèle, ont difficilement résisté à l’épreuve du temps. Son avant-dernier fait d’arme – The Gentlemen – renouait d’ailleurs avec cette tendance de son cinéma, la désuétude picturale et thématique incluse. Autant dire que nous n’attendions rien d’Un homme en colère, remake de l’excellent polar de Nicolas Boukhrief Le Convoyeur

Pétri de défauts, le film s’avère pourtant moins indigeste que prévu, Guy Ritchie ayant enfin consenti à mettre son savoir-faire au service du récit, et non plus à celui d’une vaine démonstration de style. Il retrouve pour l’occasion l’un de ses acteurs fétiches en la personne de Jason Statham, entre deux apparitions de celui-ci dans la saga Fast & Furious. Fort de son monolithisme inquiétant et de sa rage contenue, l’acteur britannique constitue à la fois la force et la limite du film de Guy Ritchie, dont il occupe presque tous les plans.

Vengeance

Le film de Boukhrief se focalisait tout autant sur le mystère entourant son antihéros que sur l’aliénation induite par son milieu professionnel. Les mines déconfites peuplaient alors les locaux de l’entreprise « Vigilante », dissimulant tant bien que mal les penchants psychotiques de certains convoyeurs au bout du rouleau. Avec Un homme en colère, Guy Ritchie choisit d’aller dans une autre direction, recentrée sur l’enjeu de la vengeance du personnage interprété par Jason Statham. En dépit de la balourdise de son référencement, le générique de début prend tout son sens. L’archange Saint-Michel, l’affrontement entre Jacob et l’ange, la chute de Satan : chacune de ces références exprime l’idée d’un combat éternel opposant les ténèbres à la lumière. C’est là un trait fondamental du personnage principal, dont la part d’ombre transparaît dès sa première apparition à l’écran.

L’emploi de Jason Statham devient alors une évidence, la persona qu’il s’est forgée au fil des années correspondant pleinement au caractère de « H ». Contre toute attente, Guy Ritchie s’efforce même d’adapter sa mise en scène à la personnalité du héros, renonçant enfin à ses effets de style hystériques au profit de montages alternés et de travellings à la rythmique plus contenue. Les effusions de violence, plus viscérales que dans tous ses autres films en dépit de la laideur du sang numérique, participent également à conforter cette aura d’ange de la mort, qui fait d’ailleurs écho à l’imagerie biblique évoquée plus haut. Que ce soit au travers des exécutions cliniques à l’arme à feu ou de la brutalité des coups à l’arme blanche, « H » apparaît toujours dans une effrayante contenance monacale, symptôme de sa détermination jusqu’au-boutiste. Le tout sans la moindre once de cynisme, nouvelle plus-value par rapport aux précédents films de Ritchie, qui permet de redorer avec sérieux le blason de son acteur.

Structure

Ce resserrement de l’intrigue autour du personnage principal a néanmoins pour contrepartie de réduire la grammaire du film aux variations assez limitées du jeu de Statham. Le caractère énigmatique de « H » est ainsi relativisé par l’évidence criante de sa folie vengeresse, eu égard à son regard de sociopathe et à ses punchlines belliqueuses lâchées dès le premier quart d’heure. Cela explique sans doute pourquoi Ritchie vend la mèche au spectateur dès le générique de début, même si cela ne compense en rien l’aveuglement invraisemblable des autres employés.

Le cinéaste tente donc au mi-temps du film de compenser cet effet de surprise avorté par l’approfondissement des caractères, avec une série de flash-back montrant les raisons pour lesquelles chacun des protagonistes en est arrivé là où il en est. Le voile est ainsi levé sur le passé de « H », ainsi que sur les conditions du drame visible au tout début du film. Le procédé est néanmoins assez mal amené, plombant la structure du récit d’une longue plage d’explications dont les facilités d’écriture sont trop palpables pour être excusables. Les allez et retours dans le temps nous amènent par exemple à redécouvrir la première séquence du point de vue de trois personnages différents, sans que les coïncidences du récit (la pègre est-elle donc un monde aussi petit ?) ne soient remises en cause d’une scène à l’autre. Ce faux « effet Rashomon » ne fait qu’étirer un deuxième tiers déjà trop long (plus de 40 minutes), d’autant plus dommageable qu’il concentre ses efforts sur la redite de ce qui nous apparaissait déjà comme évident.

Après ce tunnel d’éclaircissements , le film revient au présent de son récit avec un dernier acte malheureusement décevant. Les révélations et péripéties s’y enchaînent à brûle pourpoint, jusqu’à une dernière séquence nous amenant même à nous questionner sur la pertinence du plan mis en place par le héros. Ce n’est d’ailleurs pas un hasard si ce dernier paraît plus effacé derrière la mécanique poussive de cette conclusion, constituant jusqu’alors le principal moteur de la mise en scène et de l’implication émotionnelle du spectateur. 

En ce sens, Un homme en colère ne fonctionne que par et pour Jason Statham, modérateur plus ou moins efficace des complaisances visuelles et narratives auxquelles nous avait jusqu’alors habitués Guy Ritchie. Il n’en demeure pas moins que le cinéaste finit par retomber dans ses vieux travers, plombant son film d’expérimentations narratives infructueuses et de béances d’écriture préjudiciables. Pas de quoi nous mettre en colère, mais pas de quoi rendre le film réussi non plus…

Sortie le 16 juin 2021, réalisé par Guy Ritchie, avec Jason Statham, Holt McCallany, Scott Eastwood et Josh Hartnett.

Note : 2 sur 5.

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