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Critique – Sans Un Bruit 2 (John Krasinski, 2021)

Que reste-t-il aujourd’hui de Sans Un Bruit ? Si le troisième long-métrage de John Krasinski a su se tailler une réputation solide auprès du grand public (en attestent ses 324 millions de dollars de bénéfices), le souvenir qu’il laisse chez certains amateurs d’horreur reste mitigé. Une mise en place horrifique honnête et consciencieuse, fragilisée par un script aux grosses ficelles, quelques clichés évitables et une caractérisation de surface. Maintenant que débarque sa suite, toujours réalisée par Krasinski, et avant un spin-off par l’inattendu Jeff Nichols, une question se pose : fallait-il vraiment remettre le couvert ?

Le silence ne suffit pas

Franchise oblige, John Krasinski bénéficie cette fois d’un budget plus conséquent – trois fois et demi celui du premier – et d’une marge de manœuvre plus grande. Aussi choisit-il de démarrer son intrigue par un retour en arrière, au premier jour de l’Apocalypse. On y retrouve la famille Abbott, venue soutenir l’équipe de baseball de leur fils. L’occasion aussi d’introduire le personnage d’Emmett (Cillian Murphy), appelé à occuper une place centrale dans le récit. Une petite parenthèse réconfortante avant l’horreur, puisque les créatures ne tardent pas à débarquer pour massacrer la foule. En plus de démarrer sur les chapeaux de roues, le film coche d’emblée plusieurs cases du cahier des charges de la suite hollywoodienne : afficher une ambition nettement plus spectaculaire, approfondir le background des personnages et ouvrir le cadre mythologique de la saga – sans trop en dire, Krasinski donne une réponse explicite à l’origine de la menace.

Une scène très généreuse en action, où l’on retrouve notamment les plans-séquence en voiture des Fils de l’Homme, mais qui se contente de reprendre et d’amplifier les mêmes ingrédients que son prédécesseur. Offrir le même produit au format XXL sans prendre le risque d’altérer la recette, c’est là l’erreur de presque toutes les mauvaises suites. Une crainte qui poursuit le spectateur au-delà du prologue, lorsque le cinéaste nous ramène à l’endroit exact où il nous avait laissé, trois ans plus tôt. Une idée intéressante sur le papier qui se révèle, une fois filmée, assez peu crédible (les enfants ont grandi et ça se voit). De manière générale, Sans Un Bruit 2 présente les mêmes faiblesses que son prédécesseur : des inspirations qu’il peine à s’approprier (cf. l’épouvante rurale de Stephen King et Robert Kirkman, souvent réduite à la citation), un bestiaire numérique qui manque un peu d’âme et quelques effets « gadget ». La rupture entre son et silence, par exemple, qui devrait nous plonger dans le point de vue de Regan, la fille aînée, renforce l’artificialité de l’ensemble au détriment de l’immersion recherchée.

Pourtant, c’est bien par le montage son que Sans Un Bruit 2 se distingue. Comme le clament les affiches avec une ringardise délicieuse, « le silence ne suffit pas ». Où plutôt, il ne suffit plus. La toute première image annonce déjà ce revirement : un plan fixe surplombant une rue déserte et silencieuse, typique des provinces américaines. Un lieu temporellement indéfini (sommes-nous avant ou après le début de l’invasion ?) où surgit soudain le pick-up de Lee Abbott, brisant symboliquement le silence. Plus le film progresse, plus Krasinski renouvelle sa rhétorique sonore, évitant la redite.

Faites du bruit !

Nombreux sont ceux qui reprochent au premier film d’être trop « bruyant » par rapport à la promesse de son pitch. C’est oublier le sens du titre original (quiet peut se traduire par silencieux, mais aussi par paisible ou tranquille) et ignorer sa proposition la plus intéressante : répondre à une dramaturgie horrifique et angoissante par le contrepoint bucolique de son environnement. Le réalisateur prolonge cette idée en amenant cette fois les personnages à redécouvrir le bruit comme les premiers hommes découvrirent le feu, c’est-à-dire comme le seul moyen de dompter une faune redevenue hostile. À la fin du premier volet, le personnage de Lee mettait au point un amplificateur miniature qui paralysait les monstres. La suite en détaille l’utilisation au travers de plusieurs péripéties, particulièrement prenantes. Une approche instinctive de l’action qui s’incarne dans l’agencement minutieux des bruitages – on ne saurait trop vous recommander de le découvrir en salle, pour profiter pleinement d’un mixage très abouti.

Cette nouvelle grammaire sonore vient redoubler une astuce d’écriture plutôt maline, achevant de faire de Sans Un Bruit 2 un film, si ce n’est meilleur que le premier, en tout cas plus équilibré. À la suite d’une révélation dont nous tairons la nature, le groupe de survivants se sépare et le film adopte, dès lors, un régime de montage alterné dont il ne dérogera plus. Le réalisateur jongle entre deux identités de style distinctes mais complémentaires, le huis-clos désespéré et l’actioner nerveux. Bien que pensé comme un produit « mainstream », le film surprend par la gravité des situations qu’il met en scène : un enfant hésitant à sacrifier plus faible que lui pour survivre d’une part, une potentielle agression sexuelle de l’autre.

Krasinski confirme donc son implication, conscient du potentiel de son médium et respectueux du genre de la série B grand luxe dans laquelle son œuvre s’inscrit. Un artisan qui traîne quelques tares mais dont la réussite, certes modeste, mérite d’être saluée. Dernière preuve de la cohérence artistique du projet : c’est un effet sonore qui réunit, juste avant le générique de fin, les deux espaces que le montage avait séparés, laissant le public sous tension et préparant le terrain pour un nouvel opus. Gageons toutefois que Jeff Nichols saura s’accaparer l’imagerie de la franchise pour mieux dépeindre son pendant humain et social.

Note : 3 sur 5.

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