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Critique – Raya et le dernier dragon (C. Lopez Estrada, D. Hall, 2021)

Au sein du paysage lisse et formaté qu’est devenu le cinéma de Disney, le secteur animation du studio a toujours fait figure d’exception, parvenant à lier avec savoir-faire objectifs commerciaux et ambitions créatives. Les récents succès critiques et publics de Zootopie, Vaiana ou encore La Reine des Neiges en attestent. Cependant, l’arrivée de Disney+ a rebattu les cartes, amenant la firme aux grandes oreilles à revoir ses priorités de distribution. Misant peut-être sur un succès massif de Black Widow dans les salles obscures, Disney a ainsi relégué sur sa plateforme son dernier film en images de synthèse : Raya et le dernier dragon.

Mulan 2.0

Il y a bien longtemps, en Asie, humains et dragons vivaient en harmonie dans le royaume de Kumandra. Mais l’arrivée inopinée des Druuns, entités maléfiques transformant les êtres vivants en statues de pierre, a bouleversé cet équilibre. Les dragons ont disparu et les humains sont désormais séparés en cinq clans se vouant une haine tenace. Dans ce monde désolé, Raya, jeune et courageuse guerrière, se met en quête du dernier dragon, Sisu, une créature légendaire capable de restaurer l’unité et la paix à Kumandra.

Il ne faut pas chercher bien loin pour voir le parallèle qui unit Mulan, héroïne mythique du second âge d’or du studio, à Raya. Toutes deux sont des femmes fortes et tenaces, prenant part au combat à la place de leurs pères et luttant pour la préservation de leur monde. Un parallèle qui n’alourdit heureusement pas trop ce nouveau long-métrage, dont l’aspect global diffère grandement de son aîné. Mêlant avec astuce les influences et les genres (le wu xia pan, le film d’aventures, le post-apo…), le film propose bel et bien quelque chose de neuf, esthétiquement du moins, et s’avère techniquement époustouflant. Les matières brutes (le bois, la pierre, l’eau) ont rarement paru si palpables et le film fourmille de détails, même dans les plans les plus larges. Le tout sublimé par une direction artistique brillante (grande variété de décors et de costumes, éclairages éclatants et large palette de couleurs).

Enfin, et même si l’on est en droit d’attendre une telle maestria technologique d’un film chiffré à 100 millions de dollars, il convient de saluer quelques réelles audaces, repoussant encore un peu les frontières du médium. À plusieurs reprises, le film émule des angles de vue typiques du cinéma en prise de vues réelles. Dans ces quelques séquences, le rendu volontairement imparfait des mouvements est troublant de réalisme.

Nouveau visage, même squelette

Néanmoins, comme souvent chez Disney, c’est en grattant le vernis que l’on découvre les fragilités de l’édifice. Raya et le dernier dragon témoigne d’une sincère envie de bien faire et d’un artisanat sans accroc, mais pose ses fondations sur une base chancelante. La tentative de renouveler une patte artistique reconnaissable entre mille se heurte à la reprise de toutes ses grandes ficelles dramaturgiques, sans doute imposées par les executives du studio. Le film se contente en définitive d’énoncer pêle-mêle de grands lieux communs – le deuil, la confiance en soi et aux autres, la responsabilité qu’implique la possession d’un pouvoir, le sens du sacrifice – sans jamais creuser au-delà de leur surface.

Se voulant plus « sérieux » qu’à l’accoutumée (c’est-à-dire dépourvu de romances et de chansons), le film aurait pu épouser sa dimension la plus tragique et torturée, contenue dans sa figure antagoniste, une princesse tiraillée entre sa morale personnelle et les ambitions de son clan. Au lieu de ça, il recule toujours devant le drame, allant jusqu’à s’achever sur une note excessivement joyeuse, aux allures de deus ex machina. C’est ce qui trahit le plus son calibrage industriel, la firme souhaitant une fois de plus séduire le public asiatique sans jamais le froisser,. Une démarche contre-productive puisque la confusion ethnique à l’œuvre dans le film a attisé la colère des communautés concernées.

Ce faisant, Raya et le dernier dragon laisse le spectateur sur un goût de trop peu, techniquement virtuose mais thématiquement sans relief. Peut-être l’insatiable appétit hégémonique de Disney aura, à terme, raison du peu de cinéma qu’il lui reste ? L’avenir tranchera la question, mais sur ce point précis, le nouvel arrivage n’est pas très rassurant.

Disponible sur Disney+ depuis le 4 juin 2021, de Carlos Lopez Estrada et Don Hall, avec Awkwafina, Gemma Chan, Daniel Dae-Kim, Sandra Oh

Note : 2.5 sur 5.

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