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Critique – Méandre (Mathieu Turi, 2021)

Fort de son expérience d’assistant-réalisateur auprès de cinéastes d’envergure (Tarantino, Eastwood…), Mathieu Turi avait patiemment aiguisé la maîtrise de son art jusqu’à la réalisation de Hostile, son premier long-métrage sorti en 2018. Familier du cinéma de genre depuis ses courts-métrages de jeunesse, il réinvestit aujourd’hui le grand écran avec Méandre, film-concept lorgnant aussi bien du côté de l’horreur que de celui de la science-fiction. Le pitch : une jeune femme se réveille dans un tube rempli de pièges mortels. Pour survivre, elle devra constamment avancer…

Références

À la lecture du synopsis de Méandre, il est difficile de ne pas penser au film Cube de Vincenzo Natali, ou bien encore à Oxygène d’Alexandre Aja. Au premier, le film de Turi reprend le concept de « huis clos en mouvement » ; avec le second, il partage l’idée d’une correspondance entre l’épreuve physique qu’il met en scène et la quête de soi du personnage qui la subit. Au-delà de ces référents de circonstances, Méandre fait surtout écho au précédent film du réalisateur, qui mettait déjà en scène le personnage d’une jeune femme confrontée à un passé qui ne passe pas, le tout confiné dans un voiture perdue dans un paysage post-apocalyptique. L’idée est donc d’utiliser une nouvelle fois les ressors du cinéma de genre, afin d’incarner par l’action l’expérience intérieure du personnage principal. Une idée aussi louable qu’ambitieuse, gage d’une connaissance évidente des fondements de tout grand récit populaire.

Expérience

Par « expérience », il faut entendre l’idée d’un cinéma viscéral, visant à nous faire ressentir les mêmes émotions que celles du personnage visible à l’écran. Méandre est ainsi pleinement ancré dans une action qui n’est jamais réduite à son seul caractère ludique, Turi s’évertuant à incarner par tous les moyens possibles l’expérience physique de l’héroïne. 

D’un point de vue sonore, le sound design offre par exemple une texture très organique à la moindre interaction de la jeune femme avec son environnement – du bruit d’un os qui craque au frottement de sa combinaison contre les parois. D’un point de visuel, l’utilisation du scope permet de donner une certaine ampleur à l’horizontalité du décor, au même titre qu’il fait correspondre ses extrémités avec les bords du cadre. Cette volonté de lier la forme et le fond du film se ressent également dans son montage au cordeau, efficace dans la mesure où la coupe est souvent justifiée par un détour, un regard, ou par une « coupe » littérale dans la chair du personnage principal. 

Dès lors, sans forcément réinventer quoi que ce soit, les cinquante premières minutes se suivent avec un certain plaisir, le film s’en tenant à une exploitation rigoureuse de son seul concept. L’enchaînement des pièges et la répétition du parcours rappellent également l’épure de la narration vidéoludique, qui permet là encore au film d’exploiter au mieux la seule idée d’un corps franchissant une série d’obstacles pour survivre.

Deuil

Lors des quelques moments de répit octroyés à l’héroïne, nous découvrons au travers de flash-back que celle-ci est encore marquée par la perte accidentelle de sa fille. Le film entre alors dans une autre dimension thématique : ce n’est plus seulement un corps qui avance pour survivre, mais une pauvre âme devant se délester de sa culpabilité afin de renouer avec la vie. L’horizontalité du tube devient alors celle d’un purgatoire (préfigurant l’« élévation » finale), et les épreuves subies par l’héroïnes autant d’électrochocs l’adjurant de passer à autre chose.

C’est aussi là où le bât blesse pour le film de Mathieu Turi, qui peine à faire pleinement correspondre le calvaire du personnage avec sa propre expérience du deuil. Les niveaux de lecture se bousculent ainsi au portillon d’un dernier acte poussif, perturbé par une série d’idées et de motifs introduits au forceps. Le film sort alors des rails de son tube originel pour investir des espaces certes plus élaborés, mais malheureusement moins crédibles aux yeux du spectateur. Cela se ressent aussi bien dans la forme – sans doute en raison d’un budget resserré – que dans le fond, les partis-pris narratifs de dernière instance rendant la mythologie fantastique du film plus hétérogène qu’elle ne l’était au début.

Méandre témoigne ainsi du savoir-faire de son réalisateur en matière de divertissement populaire (ce qui n’est pas rien), mais perd malheureusement en efficacité à mesure que les facilités d’écriture se succèdent, et que les trop nombreuses pistes d’interprétation se superposent. Cette impression de trop-plein ne gâche pas entièrement le plaisir du visionnage, mais nous laisse néanmoins avec un sentiment d’inachèvement.

Note : 2.5 sur 5.

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