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Critique – Le Dernier Voyage (Romain Quirot, 2021)

« Que c’est beau, les voyages… »

Depuis plusieurs décennies maintenant, le cinéma de genre hexagonal n’en finit plus d’éclore, de proposer des choses nouvelles, radicales, profondes, à défaut de souvent rencontrer son public. Victimes en série de distributions hasardeuses et autres contresens marketing, les films dits de genre français en viennent finalement à trouver refuge dans des formes plus « vendeuses » (cf. Grave, où le body horror se déguise astucieusement en teen movie). Certaines propositions surnagent toutefois, refusant les concessions et rompues à la prise de risques. Hasard du calendrier, Le Dernier Voyage, premier long de Romain Quirot, sort en salles une semaine après l’arrivée sur Netflix d’Oxygène d’Alexandre Aja, proposition radicale et audacieuse s’il en est.

Dans un futur proche, la Terre n’a plus rien du havre fertile qu’elle était autrefois. Désert aride dépourvu de vie sauvage, la planète bleue n’est plus qu’un caillou inhospitalier où l’Humanité vivote en attendant l’Apocalypse. Après des décennies d’exploitation de ses ressources par des hommes cupides, la Lune Rouge, un astre nouveau, s’apprête à percuter sa surface. Seul espoir pour le maintien de la vie, Paul W.R. (Hugo Becker), astronaute, se soustrait in extremis à sa mission et prend la fuite. Dans sa course, il rencontre Elma (Lya Oussadit-Lessert), une jeune ado au caractère bien trempé. Traqué sans relâche par Eliott (Paul Hamy), son frère jaloux, Paul devra renouer avec ses souvenirs d’enfance pour trouver un but à son parcours.

Reprenant à son compte les grands archétypes des récits d’aventures, Romain Quirot ne fait pas mystère de son intention : offrir un divertissement grand public perfusé de multiples influences, sans par ailleurs trahir l’identité française du projet. Des références qui sont ici revendiquées clairement et qui donne au film l’allure d’une mosaïque pop-culturelle décomplexée. Un pied dans le road-movie poussiéreux des seventies, un autre dans le western post-apo entre Mad Max et Métal Hurlant, le tout saupoudré d’un sens du cadrage hérité de Spielberg… Nombreuses sont les grandes figures conviées dans ce melting-pot jouissif et inédit.

Il faudra toutefois passer outre une première moitié de film accumulant les scènes sur un rythme endiablé, survolant trop vite l’intimité de ses personnages et ne laissant pas assez de temps à son découpage pour durablement s’imprimer. Rien qui ne le condamne cependant à la sortie de route, celui-ci se reposant sur un casting impliqué, une direction artistique minutieuse et une bande-originale héroïque et surprenante (qui aurait pu deviner qu’on se battait si bien sur du Eddy Mitchell ?).

Il est bien sûr à craindre qu’une telle proposition subisse les volées de bois vert d’une critique hermétique aux démarches les plus ouvertement divertissantes. Et si le film, en effet, ne réinvente pas la roue des grands thèmes dramaturgiques (le deuil impossible, le poids de la filiation, la préservation de notre environnement), le rejeter d’un bloc serait faire preuve de cynisme. Surtout quand le film en question en est totalement dépourvu.

Au bout du rêve, on se retrouve soi-même

Pour comprendre ce qui fait la force du Dernier Voyage, il faut revenir à son ouverture. Narré par la voix-off de Paul, alors enfant, c’est un court prologue en images animées qui pose les enjeux de l’intrigue et qui déjà, nous encourage à rêver avec insouciance. Une scène qui en annonce une autre, judicieusement située avant le climax : après avoir réchappé de justesse à une tempête (citation explicite de Mad Max : Fury Road), Paul et Elma se reposent dans un vieux cinéma abandonné dont le projecteur tourne en boucle. Captivé par les images, Paul est alors frappé d’une révélation. Il faut aller au bout du rêve (dont l’écran de cinéma est ici l’épicentre, pour Paul comme pour nous) et s’y abandonner pour comprendre qui nous sommes. Une idée brillante qui achève de prouver la bonne volonté d’un cinéaste dont l’ambition se tient loin, bien loin du fan-service.

Revigoré par cette séquence touchante, le film trouve enfin le battement parfait dans son final. Alternant entre contemplation et péripéties sans jamais relâcher la tension, il offre à sa fuite en avant un dénouement épique. Un vrai tour de force narratif, visuel et émotionnel, illustré par une belle idée de cinéma – sans trop en dire, le destin de Paul était depuis le début contenu dans un livre d’images, soit l’un des ancêtres du Septième Art. Qu’importe alors l’abondance parfois trop prégnante des citations ; qu’importe aussi les penchants candides de l’intrigue. La grande force du film de Romain Quirot est de reprendre le flambeau d’un cinéma de science-fiction original et exigeant que le continent américain a depuis longtemps déserté. Eu égard aux liens étroits que la France a entretenus avec ce genre depuis le début de son histoire, il est légitime de voir, dans la simple existence de ce film, un juste retour des choses.

Sorti le 19 mai 2021, de Romain Quirot, avec Hugo Becker, Lya Oussadit-Lessert, Paul Hamy

Note : 3.5 sur 5.

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