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Critique – Mortal Kombat (Simon McQuoid, 2021)

Prophéties, castagne et grosses bestioles

Devenue franchise incontournable du jeu vidéo depuis la sortie du premier volet en 1992 sur Arcade, Mortal Kombat a déjà connu, par deux fois, les affres d’une adaptation au cinéma. Un premier long-métrage signé Paul W.S. Anderson (dont les gamers ne retiennent que le rire d’un Christophe Lambert excessivement chevelu) et un deuxième film unanimement considéré comme un nanar de compétition. De quoi, normalement, refroidir les ardeurs de producteurs en mal de licences à profaner. Qu’à cela ne tienne, Mortal Kombat débarque de nouveau sur les (petits) écrans avec pour volonté cette fois d’offrir un film sérieux, respectueux de la mythologie de la saga et capable de jouer dans la même cour que les blockbusters d’action du moment. Une nouvelle mouture qui, vous l’avez sûrement deviné, ne fait pas beaucoup mieux que les autres.

Attention, bagarre.

Il ne faut pas plus d’une dizaine de minutes pour comprendre ce qui cloche dans cette nouvelle adaptation. Le film s’ouvre sur une longue scène de combat sous la neige dans le Japon médiéval avant que n’apparaisse enfin le titre du film, suivi d’une longue citation mettant en avant le postulat central – un affrontement opposant les gentils combattants de la Terre contre les méchants combattants de l’Autre Monde. Puis vient le moment de présenter le personnage principal, Cole Young (Lewis Tan, qui est au charisme ce que Jean-Luc Godard est au film de super-héros) avant de l’envoyer sur un ring de MMA pour se battre à son tour… et ainsi de suite. De fait, Mortal Kombat reprend du médium vidéoludique sa structure la plus essentielle : une succession de « niveaux » mettant le joueur-spectateur à rude épreuve, entrecoupés de phases plus calmes qui lui permettent d’en apprendre plus sur l’univers. Une dramaturgie qui a du sens… tant qu’on a la manette dans les mains. Dès lors qu’il ne nous incombe plus de faire nous-mêmes progresser l’histoire, l’artificialité du procédé saute aux yeux. D’autant plus que le cahier des charges est ici particulièrement palpable, alourdissant le spectacle de name-droppings superflus et de clins d’œil intéressés.

Cerise sur le gâteau : le film reste systématiquement grave, et ce, en dépit d’une interprétation médiocre, une direction artistique aberrante, une écriture utilitaire et des effets spéciaux à peine achevés. Il fallait oser mettre en scène un scénario-prétexte tel que celui-ci avec l’intensité d’une tragédie grecque – et l’on pourrait presque saluer l’obstination du film à croire dans sa propre grandeur – si cette croyance ne relevait pas du déni.

Le corps et le temps de l’action

Sans être une surprise, l’échec artistique du film relève surtout de l’aberration. En effet, le studio néglige ici ce qui devrait pourtant occuper l’esprit de n’importe qui ayant à sa charge l’adaptation d’un jeu vidéo : comment recréer le lien sensoriel qui unit le joueur au personnage qu’il contrôle, dès lors qu’il n’est plus question de le contrôler ? Un problème en apparence épineux mais auquel la trilogie John Wick, qui pourtant n’a rien d’une adaptation, a livré une réponse brillante. Par l’importance laissée aux chorégraphies et la discrétion du montage (privilégiant les plans longs et les vues d’ensemble sur les combats), la franchise réussissait à retrouver une certaine vérité organique, spatiale et temporelle de l’action. C’est précisément ce qu’un gamer recherche, qui plus est dans un jeu de combat au tour-par-tour – dans le jeu original comme dans tous les autres du même genre, les rounds sont toujours dénués de coupe.

De ce fait, il est particulièrement désolant de voir Mortal Kombat se vautrer dans la facilité d’un montage industriel, enchaînant les plans comme d’autres serrent des boulons et ne conservant du jeu de base que sa dimension outrageusement gore (les fameuses « fatalities », qui tombent toujours comme un cheveu sur la soupe). Ce faisant, c’est à côté de son potentiel cinématographique que le film passe, réduit à l’état de patchwork aggloméré et disgracieux. Un gros raté qui, c’était à prévoir, a quand même fait son trou dans le box-office américain, pour notre plus grand désarroi.

Disponible le 12 mai 2021 en VOD, réalisé par Simon McQuoid, avec Lewis Tan, Jessica McNamee, Joe Taslim, Hiroyuki Sanada

Note : 0.5 sur 5.

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