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Un film de Terrence Malick en 2021 ?

L’info circule depuis un an, le prochain film du réalisateur américain Terrence Malick, The Last Planet, portera sur la vie du Christ. Selon Trois couleurs, le film raconterait des épisodes de la vie du Christ au travers de paraboles évangéliques. Il faut dire que depuis ses débuts, Malick tient la posture d’une sorte de grand prêtre du cinéma, qui semble s’endurcir avec le temps d’ailleurs. Enrobées de réflexions existentielles, ses dernières œuvres, et surtout Une vie cachée, où son protagoniste principal devenait un martyr après avoir refusé de se battre pour l’Allemagne nazie, traitent de la foi et de l’obsession spirituelle. Comme un prolongement logique de ce film, The Last Planet, du fait de son sujet, pourrait bien devenir le sommet de l’obsession cinématographico-spirituelle du cinéaste.

Dans un article publié par The Playlist, Karim Debbagh, l’un des producteurs du film, a expliqué que The Last Planet était une « expérience hautement spirituelle » qui donne une « tournure sombre » à l’histoire biblique. Rien de nouveau sous le tapis, nous sommes bien en terre Malickienne.

Même si les détails sur le scénario sont gardés secrets, nous avons néanmoins quelques informations de taille :

CASTING

D’après IMDB, Géza Röhrig (Le fils de Saul) incarnera Jésus, Mark Rylance (Le pont des Espions, Dunkerque) incarnera Satan (rien que ça) et Matthias Schoenaerts (De rouille et d’os, Bullhead) interprètera l’apôtre Pierre.

En ce qui concerne la bande originale du film, d’après le site ATHÈNES 9,84 (via One Big Soul), la compositrice Eléni Karaïndrou, collaboratrice légendaire de Théo Angelopoulos, serait d’ores et déjà engagée sur le film.

TOURNAGE

Sur l’IMDB du film, nous pouvons constater que Malick a refait appel au talentueux Jörg Widmer, qui était déjà le chef opérateur d’Une vie cachée, et l’opérateur steadicam de ses précédents films depuis Le nouveau monde (2005). Il faut dire que les films de Malick trouvent une véritable expression dans l’usage du Steadicam. Dans un système d’improvisation, aux aguets d’un quelconque soubresaut de lumière, d’un quelconque évènement poétique dérobé au réel, l’acteur et la caméra, ces deux corps mobiles, se trouvent entraînés dans une sorte de valse sensible. Le Steadicam devient un instrument permettant de suivre de manière totalement libre et fluide le parcours souvent aléatoire du personnage. Et si ce dispositif vient parfaire le mode de captation du cinéaste (la caméra doit se déployer rapidement pour être à l’affut de n’importe quel évènement), il permet également d’atteindre l’élégie, ou l’éloge, quand la dynamique du mouvement vient s’ajouter à des interrogations essentielles du rapport de l’individu (et/ou du médium cinématographique) au temps et à l’espace, au souvenir et à la vie. Le mouvement incarne une beauté trouble, quand il donne l’impression d’épouser avec splendeur le vent, et caresse avec douceur l’espace par son geste fougueux.

Pour revenir au tournage de The Last Planet, Les Inrocks relèvent que celui-ci aurait commencé en juin 2019, dans la réserve naturelle de Tor Caldara, au sud de Rome. D’après le site Aidan Truner New, Malick aurait choisi certains des plus beaux endroits du sud de l’Italie, tels que Matera et Gravina di Publia, mais aussi Ginosa, dont le décor l’aurait époustouflé. Le site relève ce qui aurait pu pousser Malick à choisir pareil endroit : « le paysage offre des aperçus incroyables, où la nature est reine. Le long canyon qui s’étend sur environ 10 km, né de l’érosion […], est ponctué çà et là d’habitations troglodytes fréquentées jusqu’au Moyen-Âge, ainsi que par des églises rupestres creusées dans la roche » (traduction faite par l’auteur).

Toujours selon The Playlist, lors d’un événement récent (via La Repubblica / One Big Soul), le cinéaste a fourni plus d’informations sur l’avancée de son film :


« Nous venons de terminer le tournage, je suis très content. […] Il y a quelques jours, nous avons terminé le tournage dans le désert de Jordanie. [C’est] un film multiculturel avec une distribution qui rassemble des acteurs du Moyen-Orient, une troupe allemande et même des artistes italiens pour le département des costumes et la scénographie (le costumier est Carlo Poggioli et le chef décorateur est Stefano Maria Ortolani). Maintenant, je retourne au Texas pour monter le film. Cela prendra au moins un an, car nous avons beaucoup de matériel, et depuis que nous sommes passés au numérique, nous nous retrouvons avec beaucoup plus d’images. Mon moment préféré du travail est le montage. Il n’y a plus la pression des consignes, l’incertitude de la météo sur le tournage… « 

(traduction faite par l’auteur)

Cet article a été publié il y a un an, ce qui signifie que si les mots de Malick sont vrais, The Last Planet devrait bientôt être prêt. La rumeur dit que que le film sortira en 2021. Pour l’instant, aucune source sûre, d’autant plus qu’avec Malick le montage est une étape colossale (deux ans de montage pour Les moissons du ciel et Une vie cachée). Affaire à suivre …

« Un jour. Je peindrai le véritable Christ »

En attendant sa sortie, c’est le moment de se replonger dans le dernier film en date du réalisateur, Une vie cachée. Vous trouverez peut-être cette remarque tirée par les cheveux, mais il y a, nous semble-t-il, dans ce film, une allusion au sujet de The Last Planet. Dans l’une des plus belles séquences du film, le protagoniste écoute un peintre qui est en train de restaurer une église. D’abord, ne cachons pas notre plaisir devant ces belles images, il faut voir à quel point cette séquence est filmée avec élégance, constituée de mouvements élégiaques propres au style du cinéaste. La caméra se déplace avec douceur autour des personnages – l’un écoute, l’autre parle et travail -, elle vient s’attarder, en même temps, sur des traces de lumière dans l’ombre, qui viennent se poser sur le sol, la façade de l’église ou sur le peintre. Comme un symbole de transcendance spirituelle.

L’allusion n’est pas dans l’image, mais dans le dialogue. Ici le peintre se fait presque la voix de Malick :

« J’ai peint les tableaux des prophètes. J’ai permis aux gens de voir et de rêver. Ils regardent et imaginent que s’ils avaient vécu au temps du Christ, ils n’auraient pas fait comme les autres. Ils auraient tué ceux qui auraient été là. J’ai peint toute cette souffrance et j’ai souffert moi-même. Je gagne ma vie comme ça. Nous ne faisons que créer de la sympathie. Nous créons, nous créons des admirateurs. Nous ne créons pas de fidèles. La vie du Christ est une exigence. Il ne veut pas qu’on s’en souvienne. Ainsi on ne voit pas ce qu’il advient de la vérité. Des heures sombres nous attendent. Et les hommes seront plus avisés. Ils ne refuseront pas la vérité, ne t’en occupe pas. Je leur peins un Christ rassurant, avec une auréole au-dessus de la tête. Comment dépeindre ce que je n’ai pas vécu ? Un jour, peut-être que je me lancerai. Pas encore. Un jour. Je peindrai le véritable Christ » 

Une vie cachée (Terrence Malick, 2019)

Un énième exemple d’une oeuvre ô combien cohérente, qui érige le cinéma comme un art profondément sacré, au travers duquel le cinéaste ne cesse de repousser les limites esthétiques et thématiques d’une passionnante quête de soi.

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