Catégories
actus planétaires

Travelogue Volume 1 : l’ambitieux récit musical de Michael Giacchino

Pour ceux et celles qui ne connaîtraient pas encore son nom, Michael Giacchino est un compositeur américain, d’abord spécialisé dans le jeu-vidéo (notamment la série des Medal of Honor, entre 1999 et 2007). Il s’est ensuite fait remarquer pour ses multiples collaborations avec le réalisateur – ou ce qu’il en reste – JJ Abrams, signant notamment les bandes originales de Mission Impossible III (2006), Star Trek (2009), Super 8 (2011),  Star Trek Into Darkness (2013), ainsi que des séries Lost, Alias, Fringe et Alcatraz. Mais c’est peut-être son association avec le studio Pixar, au travers de ses compositions pour Les Indestructibles (2004), Ratatouille (2007), Là-haut (2009), Cars 2 (2011), Vice Versa (2015) et une dizaine de courts-métrages, qui l’a consacré comme l’un des compositeurs incontournables du cinéma américain à partir du milieu des années 2000. Notons également qu’il a signé les BO de quelques uns des blockbusters « ambitieux » qui ont trop rarement ponctué les années 2010, signés par les soeurs Wachowski comme Jupiter : le destin de l’univers ; par Brad Bird avec Protocole Fantôme, À la poursuite de demain ; ou par Matt Reeves (les deux derniers opus de la nouvelle trilogie La Planète des Singes, et prochainement The Batman). Un CV tout à fait respectable donc.

Si l’on devait définir très brièvement le style de Giacchino, nous pourrions dire qu’il s’inscrit avant tout dans l’exotica, ce genre musical né aux Etats-Unis au début des années 50, qui mêle un son jazz-lounge à des sonorités venant de Polynésie, d’Océanie, d’Afrique etc. Cela passe concrètement par l’usage d’instruments tels que le conga, le bongo, le vibraphone, les gongs indonésiens et birmans, et même le koto japonais (imposant instrument traditionnel à cordes). Les compositions pouvaient également contenir des bruits rattachés à l’imaginaire de la mer ou de la jungle, comme des chants d’oiseaux ou des cris de primates. Le genre a notamment été développé par les musiciens Les Baxter (1922-1996) et Martin Denny (1911-2005), dont l’album Exotica, sorti en 1957, a donné son nom au genre. Comparez donc le morceau « The Enchanted Sea » (1959), avec le morceau « Lava in the Afternoon » de la BO des Indestructibles, vous verrez quelques similitudes :

Venons-en maintenant au sujet principal de cette « news » : Michael Giacchino a profité de la mise en pause du tournage des films sur lesquels il était engagé pour développer un projet personnel. L’album est intitulé Travelogue Volume 1 et est sorti le 30 octobre dernier. L’idée ? Mélanger son style musical avec l’histoire d’une alien qui fuit sa planète ravagée par la pollution, la violence et la haine, pour tenter de trouver un refuge sur Terre, où petit à petit, les similitudes avec son monde d’origine se révèlent à elle. Comme il le révèle dans une interview accordée au site betanews, cette idée sommeillait en lui depuis un bout de temps, alimentée par sa consommation avide de vieilles séries radiophoniques de science-fiction comme « X Minus One » (diffusée de 1955 à 1958 sur NBC, ressortie en 2007 sous la forme d’un podcast, aujourd’hui accessible sur la plupart des plateformes de streaming). Ces réadaptations de nouvelles d’Isaac Asimov, de Ray Bradbury, de Philip K. Dick ou de Robert A. Heinlein ont infusé doucement dans son esprit, rythmées au son des bongos de l’exotica, jusqu’à aboutir à un album constitué de onze pièces de musique. Celles-ci sont introduites ou ponctuées de séquences de dialogues écrites par l’autrice Alison Eve Hammersley, et jouées pour la plupart par l’actrice Janina Gavankar (True Blood, Blindspotting, Better Things, Space Force), qui tient donc le rôle de l’alien. Du Giacchino pur jus, avec en prime quelques expérimentations assez intéressantes, du pur sound-design du morceau « Exoplanet Data Archive » au theremine très typé SF des années 50 de « Sideral Day : 6 ». Du bel ouvrage, conceptuel et accueillant, qui se double d’un magnifique petit extrait animé par Joey Karwal, Lorenzo Fresta (qui a travaillé sur les storyboards de La Légende de Klaus) et le français Bruno Cohen.

Sorti le 30 octobre 2020, de Michael Giacchino (musique), Alison Eve Hammersley (texte), Janina Gavankar (voix).

Votre commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l’aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Photo Google

Vous commentez à l’aide de votre compte Google. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l’aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l’aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

Connexion à %s